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De coutume en culture

L'usage de planter un arbre sur les places publiques ou sur les toits des maisons le jour du 1er mai est une coutume presque disparue de nos jours. Son origine remonte peut-être à un ancien culte des arbres qui avait cours dans l'Antiquité mais cela n'a jamais été prouvé. Survivance ou non d'anciennes cérémonies païennes des civilisations agraires, cette coutume a eu néanmoins plus de vogue en Europe qu'au Canada, notamment en France où elle prit de multiples formes.

On trouve trois formes symboliques du mai: soit un arbre, soit des branches ou encore un bouquet de fleurs. Généralement, le mai consiste en un petit arbre coupé de sa racine, ébranché jusqu'au sommet dont on conserve la tête feuillue. Cette partie s'appelle d'ailleurs le bouquet. Les formes varient selon les espèces végétales disponibles sur le territoire. Au Québec, le mai est plus souvent un sapin ou une épinette, d'allure imposante - 15 à 18 mètres de haut - dont la réserve de la cime peut atteindre facilement un mètre. Chaque mai, du reste, possède une signification particulière selon l'essence de l'arbre dont il est constitué. En France, le choix de l'essence a une importance capitale car le mai a son langage subtil et codifié qui varie d'une région à l'autre et qui est parfois même contradictoire. Une même essence végétale peut signifier un hommage à un endroit et une insulte à un autre. Pour bien interpréter ce geste, il est nécessaire de connaître le langage des arbres. En général, le mai est planté devant la demeure d'une personne pour l'honorer mais la coutume a aussi son revers. Planter un mai constitue parfois une injure ou une ironie au lieu d'un hommage ou d'un compliment.

L'érection du mai se retrouve dans plusieurs cérémonies annuelles comme lors d'un feu de la Saint-Jean (associé au mât central du bûcher), lors de la fin des moissons (placé au-dessus de la dernière charretée de foin), au faîte d'une construction nouvelle (surtout s'il s'agit d'une corvée de construction), mais la coutume est davantage rattachée au 1er mai. Symbole de respect et de liberté, d'amour et de joie, le mai est utilisé dans diverses occasions. Il faut ainsi distinguer les mais collectifs des mais individuels, les mais d'honneur des mais commémoratifs et les mais galants des mais officiels. Parmi ceux-ci, deux formes ont perduré respectivement en France et au Québec: le mai aux filles et le mai féodal.

Le mai aux filles

Le mai galant est un bouquet personnel offert en hommage à la jeune fille que l'on veut marier. Souvent anonyme, ce geste sert aux jeunes gens à déclarer leur amour. La coutume se déroule généralement en trois temps et comprend une partie collective et une plus individuelle variant selon les régions. Dans la nuit du 30 avril au 1er mai, les jeunes gens, excluant les hommes mariés, se rend en forêt pour choisir, couper et ramener au village des arbres et des branchages de diverses tailles et espèces. Arbustes et feuillages sont ensuite plantés devant les demeures des jeunes filles à marier, sur les toits des maisons, voire dans les cheminées ou ils décorent les fenêtres. Chaque galant a pris soin de choisir le mai qui convient, mais cette coutume est souvent l'occasion de jouer des tours en groupe. À celles qui avaient mauvais caractère, on place des branches de ronce; le sureau s'adresse aux filles paresseuses; certaines femmes mariées jugées infidèles sont parfois aussi la cible. Le mai servait en quelque sorte de sanction populaire dénonçant ou célébrant aux yeux de toute la communauté défauts et qualités des jeunes filles.

Une fois les mais posés, la nuit se termine par une dernière opération qui consiste à ce que le groupe de jeunes garçons déplacent au centre d'un endroit public tous les objets qui traînent dans le voisinage des maisons du village. Lors de cette tournée, ils ramassent les objets les plus hétéroclites: brouette, râteau, échelle, table ou chaise de parterre non rangés par leurs propriétaires pour les amonceler pêle-mêle sur la place publique. Cette plaisanterie de la jeunesse célibataire, tolérée en autant que les actes ne dégénèrent pas en vandalisme, est perçue comme un rituel de rappel à l'ordre ou à l'opposé, de désordre carnavalesque. Au petit matin, les propriétaires des objets déplacés doivent les ramener chez eux non sans peine car les jeunes déploient souvent des efforts pour faire un montage compliqué.

Les mais d'amour ou mais galants ont été en vogue jusqu'au XVIIIe siècle mais on a retrouvé des usages de cette pratique dans les années 1980 en certaines régions de la France, même urbaines. Avec les préoccupations actuelles sur l'environnement, il faut questionner le sens pratique de cette coutume et son impact pour comprendre sa disparition plus ou moins imminente. Les arbustes coupés ici et là vont peut-être se transformer en bouquet de fleurs commerciales, variante moins encombrante du mai.

Quant à l'habitude d'offrir comme porte-bonheur une branche de muguet le jour du 1er mai, celle-ci est d'origine plus récente. La tradition aurait débuté en Île-de-France (ancienne région historique du bassin parisien) au début du XXe siècle en 1909. Il est d'usage d'offrir du muguet à son conjoint et à ses proches. La branche de muguet est portée sur soi ou conservée comme porte-bonheur dans son portefeuille par exemple. N'importe qui peut cueillir le muguet et s'imposer vendeur dans les rues en chantant le mai. Au Québec, la coutume d'offrir un mai semble avoir été pratiquée sous deux formes, celles de poser un bouquet pour clôturer une corvée de construction et la plantation du mai comme obligation féodale.

Croyances populaires

Si la fête du mai n'est plus soulignée avec la même importance qu'autrefois, le 1er mai a quand même conservé une résonance à la nature et au printemps. Au Québec, diverses croyances populaires sont rattachées à la date du 1er mai. L'eau de mai, pluie, neige ou rosée, est considérée pour ses vertus particulières. En certains endroits, on la dit simplement bienfaisante tandis qu'ailleurs on l'apprécie pour ses vertus curatives. Elle aurait la propriété de «guérir» les maux d'yeux ou d'oreilles ou ceux du cuir chevelu. Comme l'eau de Pâques, cette eau se conserve sans se corrompre et elle protège contre les malheurs. On la dit encore efficace pour garder le teint frais et la peau douce, pour soigner les maladies de peau et pour faire disparaître les taches de rousseur. On peut la boire, se promener sous la pluie ou marcher dans la rosée, pourvu qu'on soit en contact avec cette eau autant bénéfique pour les humains que pour les animaux. Le jour du 1er mai, il est d'usage de sortir le bétail de l'étable où il a hiverné. S'il pleut ce jour-là, on croit que l'eau de mai débarrasse les animaux de leurs poux et les protége contre les maladies et les épidémies. L'allusion à la pluie bénéfique du 1er mai, ancienne date des déménagements au Québec, est à la source d'expressions comme «Ça mouille les matelas», «ils vont mouiller leur paillasse» ou encore, «les punaises vont se faire mouiller». En Gaspésie, on dit que prêter ou emprunter un objet le jour du 1er mai empêche le beurre de tourner pendant toute l'année. Enfin, une dernière croyance accordant des privilèges au 1er mai veut que cela porte chance de semer les patates à cette date; la récolte sera meilleure et plus hâtive.

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