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Remonter aux sources

Le 1er mai chez les Romains était dédié à Flora, déesse italique symbolisant la puissance végétative et présidant à tout ce qui fleurit. Flora était aussi la divinité du Printemps, des floraisons, des céréales comme le blé et des arbres fruitiers sur lesquels elle veillait en compagnie de Pomona. Au cours de la fête des Floralia qui se déroulaient du 28 avril au 3 mai, les Romains vénéraient la déesse Flora. Ces fêtes avaient la réputation d'être excessives et très licencieuses.

D'après la tradition romaine, Maïa est une autre divinité ancienne qui personnifie l'éveil de la nature et la fécondité terrestre. Celle-ci n'a cependant aucun rapport avec la déesse grecque du même nom. Certaines hypothèses font remonter l'étymologie du mois de mai au nom de la déesse Maïa. En latin, le mois de mai est désigné par majus ou maïus qui vient de majores ou maïores lesquels signifient anciens, juges, législateurs. Ces derniers formaient le sénat sous l'empereur Romulus qui réforma le calendrier latin en renommant le troisième mois de l'année, autrefois mai, du nom de mars, dieu de la guerre.

Dans la mythologie romaine, le mois de mai était dédié aux vieillards et il était préférable d'éviter de se marier en mai. Un vieux dicton français rappelle d'ailleurs la fatalité de ce geste : «Noces de mai, noces mortelles».

Dans la tradition celtique, on fêtait aussi le renouveau de la végétation par des cérémonies rituelles. Alors que le 1er novembre dédié à Samain célèbre le début de l'hiver et de l'année, le premier jour de mai marque à l'opposé le début de l'été, seconde saison du calendrier celtique. Pour les Celtes, le 1er mai est dédié à Beltaine dont le nom signifie «Feu de Bel» et réfère au Dieu Belenos. Les coutumes liées à cette période de l'année sont caractéristiques des civilisations agraires. Le 1er mai correspond à la reprise des activités à l'extérieur: c'est le temps de sortir les troupeaux qui étaient enfermés dans les étables pendant toute la durée de l'hiver.

La fête de Beltaine était l'occasion des grands rassemblements au sommet des montagnes où l'on allumaient de grands bûchers. Les feux symbolisaient la purification et  la régénération. Afin de les préserver des maladies et des épidémies, les druides faisaient passer le bétail entre les feux. De cette ancienne fête païenne, des rites de purification par le feu se sont transmis jusqu'à nous. Par exemple, le fait de faire brûler les champs ou des espaces de verdure dans le but d'activer les repousses d'un beau vert est une survivance de ces pratiques rituelles.

Un peu d'histoire

Fête du Travail ou fête des travailleurs? Que souligne-t-on au juste le 1er mai? Il existe une confusion entre ces deux fêtes et chacune à sa façon tentera de s'imposer comme LA fête des travailleurs.

Le 1er mai 1886, une grève générale surprend les dirigeants américains: 190 000 travailleurs paralysent 11 000 usines aux États-Unis. Le 3 mai, un travailleur sur quatre est en grève et 40 % sont de Chicago. Les travailleurs revendiquent la formule des trois huit: 8 heures de travail, 8 heures de repos et 8 heures de sommeil. Les forces de l'ordre sont déployées et des travailleurs sont blessés, certains tués. Ces événements ralentissent la lutte pour le mouvement des 8 heures qui reprendra de plus bel avec moins de force cependant en 1889 et 1890. C'est en juillet 1889 lors du Congrès de fondation de la Deuxième internationale à Paris que le 1er mai est déclaré Fête internationale de tous les travailleurs et travailleuses afin de commémorer les événements survenus à Chicago en 1886.

La journée de 8 heures fait l'objet d'une législation spéciale en France en 1919 tandis qu'au Québec, il faut attendre dans la seconde moitié du XXe siècle pour que le travailleur moyen syndiqué acquière la semaine de 40 heures. La question des heures de travail sans réduction de salaire est importante pour comprendre comment se sont organisées les luttes des travailleurs dans le monde. Cette question connaît des dénouements ardus et tardifs au Québec: elle était au coeur des préoccupations dès le début du XIXe siècle car il était règle courante de travailler 12 heures par jour et ce, six jours par semaine. En 1843-44, les luttes ouvrières visaient encore la journée de 12 heures. Dans les années qui suivent, on revendique un maximum du 10 heures de travail par jour. Vers 1872, on commence à mobiliser les efforts dans les grands centres urbains canadiens pour limiter à 9 heures la journée de travail. La même année, une loi garantissant la liberté de commerce interdit les coalitions ouvrières. Les syndicats ou unions de travailleurs changent de nom pour s'appeler des sociétés de bienveillance mutuelle. En 1882, l'Ordre des Chevaliers du travail s'implante à Montréal et endosse la lutte pour la journée de 8 heures. À la suite des événements de Chicago en 1886, le mouvement sera interrompu. L'Amérique fait tout pour que le 1er mai passe à l'oubli et la fête du Travail est désormais détournée en septembre. À Montréal, l'Union des Cigariers célèbre sa fête annuelle et organise un grand pique-nique le premier lundi de septembre 1886. Déjà aux Etats-Unis, des efforts étaient faits depuis 1882 pour que ce jour de septembre soit consacré Jour des ouvriers. En 1887, l'état de New York concrétisa ce jour en fête légale. Dans la même foulée, la fête des cigariers montréalais devint petit à petit la fête du Travail.

Les manifestations autour du 1er mai reprennent leur montée en même temps que les mouvements socialistes s'installent à Montréal. De 1891 à 1914, le 1er mai est fêté: des journaux d'époque parlent de la «parade annuelle des communistes» qui se déroule dans les rues de Montréal. En 1927, la ville interdit toute manifestation dans les rues ce qui ralentit une fois de plus les célébrations du 1er mai. Jusque dans les années 1950, la journée est soulignée sans trop d'emphase puisque la parade a surtout lieu en septembre à la fête du Travail. Au début des années 1970, le 1er mai reprend vie. Au Québec, la conjoncture est propice à la mobilisation et les centrales syndicales relancent les manifestations du 1er mai. La fête prend alors des allures de manifestation nationale. Avec la décennie 1980, la fête se régionalise et devient une fête populaire. Au lieu d'organiser une seule grande manifestation centralisée à Montréal et rejoindre ainsi des milliers de travailleurs, le programme de la fête mise sur des activités organisées dans les lieux de travail par les syndicats locaux. 1986 marqua le 100e anniversaire de la première célébration officielle du 1er mai.

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