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Remonter aux sources

Dès le début de la Nouvelle-France, l'Église joue un rôle essentiel dans des domaines comme les missions, l'instruction religieuse, l'éducation, la santé et l'assistance sociale. L'institution qui symbolise le mieux cette étroite association entre l'Église et la société est sans nul doute la paroisse. Structure de base à l'organisation et à l'administration religieuse, la paroisse est le centre de la vie sociale et c'est autour de l'église qu'elle prend forme. Une première paroisse est érigée en 1664: il s'agit de Notre-Dame de Québec. Le système, emprunté à la France, ne se développera que tardivement en Nouvelle-France, c'est-à-dire après 1725. Jusqu'à cette période, les campagnes continuent d'être desservies par voie de missions. L'institution est primordiale pour les catholiques (incluant Canadiens français et Irlandais) et est avant tout une marque d'occupation d'un lieu. La paroisse ne s'est pourtant pas confinée au monde rural et traditionnel. Elle est longtemps la seule division du territoire, préside même aux divisions administratives des municipalités et a valeur juridique civile. Au fur et à mesure que progresse l'industrialisation, ce qui favorise l'expansion urbaine, l'institution paroissiale s'impose comme modèle de stabilité pour contrer les nombreuses migrations qui s'effectuent d'un quartier à l'autre en ville. Ainsi, jusqu'au milieu du XXe siècle, la paroisse domine toute la vie sociale et ce, même en milieu urbain. Après la Deuxième Guerre mondiale mais surtout après les années 1960, la pratique religieuse perd son rôle centralisateur au profit du pouvoir de l'État. Cette période amorce le déclin de l'institution paroissiale.

L'organisation minimale d'une paroisse comprend un chef, le curé, et les biens de l'Église sont généralement administrés par la Fabrique, un organisme composé du curé et des marguilliers élus par les paroissiens. À mesure que la paroisse grossit, la tâche des curés s'alourdit et l'Église met en place diverses stratégies pour resserrer l'encadrement des fidèles tout en faisant appel à leur participation. Rigoureusement organisée, la pratique religieuse est ainsi prise en charge par un certain nombre d'œuvres et d'associations volontaires qui se multiplient au XVIIIe et XIXe siècle pour atteindre leur apogée au XXe siècle.

Un peu d'histoire

L'organisation paroissiale s'est développée en plusieurs phases par la mise en place de plusieurs formes d'embrigadement. Dans la seconde moitié du XIXe siècle, l'Église catholique prêche la piété en tout temps. Le clergé encourage la prière dans tous les foyers, la communion fréquente, donc l'assistance régulière aux offices religieux, les neuvaines et les dévotions particulières à la Vierge Marie, à Saint-Joseph et au Sacré-Cœur. Les formes d'encadrement les plus populaires sont les croisades et les ligues. Certaines croisades, comme celle de la tempérance qui vise à combattre l'ivrognerie, débouchent sur la création de mouvements : les cercles Lacordaire et Jeanne d'arc. Quant aux ligues, «elles sont mieux structurées que les croisades et poursuivent leurs objectifs durant des années» (Voisine, 1971: 72). C'est le cas de la ligue du Sacré-Cœur. Ces associations ou mouvements se portent à la défense de la chrétienté dans une lutte pourtant pacifique malgré les allusions combatives des engagements.

C'est dans la première moitié du XXe siècle que l'organisation paroissiale se complexifie considérablement et que l'Église promeut une mission apostolique et communautaire qui trouve des ramifications dans tous les secteurs de la société. Après les croisades et les ligues, elle déploie des grandes manifestations collectives de la foi comme les congrès nationaux et provinciaux, encourage les pèlerinages dans des sanctuaires québécois et surtout donne une large place aux laïcs qui encadrent désormais les fidèles regroupés selon leur âge ou leurs occupations. Ce vaste mouvement d'Action catholique donne naissance à de nombreux mouvements spécialisés comme les croisillons, les croisés, la Jeunesse ouvrière catholique (J.O.C.), la Jeunesse étudiante catholique (J.E.C.) et leurs sections féminines (J.O.C.F. et J.E.C.F.). Tous ces mouvements de jeunesse dont l'action déborde le cadre paroissial et diocésain sont animés d'un même esprit et s'inspirent du mouvement européen dont l'abbé Joseph Cardijn est le fondateur. Le but est de transformer les milieux selon les principes de la vie chrétienne en suivant une stratégie qui se résume en trois mots: voir, juger, agir. Les mouvements apparaissent en majorité après la crise de 1929. Fondée sur l'engagement et l'ouverture au monde, la campagne d'action catholique connaît son apogée dans les années 1940.

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