Chasse-galerie

Au cours de la décennie 1660, la Nouvelle-France fut le théâtre d'événements qui contribuèrent à créer un climat de peur et de suspicion où les faits réels côtoyaient les phénomènes surnaturels. Au plus fort de la guerre iroquoise, la colonie fut secouée par d'importants tremblements de terre. L'air se remplit alors des cris des captifs tombés aux mains des Iroquois et le ciel se peupla des «canots qui ont paru tout en feu, voltiger par les milieu des airs aux environs de Kébec». Ailleurs, on vit «un homme tout embrasé et environné d'un tourbillon de flammes». Dans le même temps, la population fut frappée d'une maladie, «c'étoit une manière de coqueluche, qui se tournoit en pleurésie», qui emporta un grand nombre d'enfants. Il devenait alors inévitable de voir dans tous ces malheurs l'intervention du diable. Les apparitions dans l'espace céleste figuraient déjà dans l'imaginaire de nos ancêtres, originaires du Poitou et de la Charente. Une vieille légende y rappelait la punition du sieur de Gallery, condamné à errer dans le ciel avec sa meute, pour avoir chassé un dimanche pendant la grand-messe. Cette cavalcade, transposée en Nouvelle-France, se développera autour du canot d'écorce, principal moyen de transport alors en vigueur. En tant qu'instrument des voyageurs qui passent un pacte avec le diable pour se déplacer dans le ciel, il verra son rôle confirmé dans la légende de la chasse-galerie. Chez nous, qui ne se souvient pas des bûcherons, Baptiste Durand en tête, qui revenaient des chantiers de la Gatineau pour aller veiller avec leurs belles à Lavaltrie? Ils voyageaient dans les airs à bord d'un canot qui menaçait de se renverser si l'on prononçait le nom de Dieu ou si l'on touchait le clocher des églises. (Ce texte est une collaboration de l'archiviste Renée Lachance des Archives nationales du Québec à Québec.)