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Clin d’œil sur nos traditions

Aux XIXe et XXe siècles, à l'occasion du 29 février, une coutume connue dans l'Ouest de la France et au Québec autorisait exceptionnellement les femmes célibataires, surnommées les «vieilles filles», à demander les garçons en mariage (Rodrigue, 1983 : 58). Cette permission, renouvelable seulement aux quatre ans, en vouait plusieurs au célibat forcé bien que la coutume s'étende tout au long de l'année bissextile.

Pour les jeunes femmes moins pressées de se mettre en ménage, le 29 février représentait une occasion idéale pour inviter un garçon à danser, à jouer aux cartes ou à aller au cinéma, histoire de faire connaissance. Il va sans dire que certains élus en profitaient pour faire payer les dépenses, y compris parfois une petite bière. Des témoignages recueillis dans la région de Montréal vers 1920 confirment ces petites ruses (Rodrigue, 1983 : 59); ils signalent également qu'en matière de ruse, certaines filles n'en manquaient pas, profitant de leur privilège pour adresser une demande en mariage, en bonne et due forme, aux célibataires souvent plus riches que beaux!

Une autre coutume rattachée au bissexte (29 février), moins compromettante qu'une demande en mariage, encourageait l'envoi de valentins à ceux qui étaient nés en ce jour mémorable (Rodrigue, 1983 : 60).

Selon la loi

N'est-il pas étonnant d'apprendre que ce privilège accordé aux femmes fut l'objet d'une législation dans plusieurs pays différents depuis le XIIIe siècle. En Écosse, d'où semble provenir cette coutume, la reine Margaret fit adopter en 1288 une loi stipulant qu'une célibataire, de haute ou de basse extraction, pouvait faire une proposition de mariage à l'homme de son choix au cours des années bissextiles.

Quelques années plus tard, une loi semblable était passée en France. Ensuite, au cours du XVe siècle, la coutume fut légalisée en Italie. En Angleterre, la loi civile de 1600 prévoit à son tour que : «chaque fois que revient l'année bissextile, les jeunes filles ont le privilège de courtiser l'homme de leur choix, ce qu'elles pourront faire par paroles ou regards, comme il leur semblera convenable» (Le Fournisseur, 1964 : 62).

Qu'arrivait-il lorsque l'élu refusait de s'engager? La célibataire déçue devait attendre quatre années avant de pouvoir réitérer une nouvelle demande mais certaines compensations étaient prévues. En Écosse, afin que la loi soit prise au sérieux, un homme demandé en mariage lors d'une année bissextile ne pouvait refuser l'offre à moins de payer une amende selon ses revenus, excepté, bien sûr, dans le cas où il pouvait prouver qu'il était déjà fiancé. De même, en Angleterre, la jeune fille dont les avances étaient repoussées pouvait exiger une robe de soie en compensation (Rodrigue, 1983 : 58). La pratique n'ayant pas force de loi au Québec, il n'en demeure pas moins qu'un refus de la part du garçon concerné devait être accompagné d'un cadeau de peu de valeur, parfum, chocolat, gants ou robe. Par ailleurs, en cas d'acceptation, le garçon devait embrasser la fille devant tout le monde (Rodrigue, 1983 : 58).

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